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IV. La genèse d'un dossier sulfureux
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La Corse maintenue hors normes
La Corse est considérée comme une zone non interconnectée au réseau, une “zone NI”. Elle est traitée comme les départements d’outre-mer et quelques petits îlots (74) . La CTC soutient le statut de zone NI, qui est un handicap au développement de l’île. La loi ne donne pas de définition précise de la “zone NI”. On y consomme moins de 3.000 GWh. Les autorités françaises ont demandé à la Commission européenne de considérer la Corse comme un “petit réseau isolé”. Le statut de “zone NI” autorise à garder un opérateur verticalement intégré, donc à ne pas séparer la gestion du réseau de distribution des autres activités (transport, production).
La liaison SACOÏ couvre 20 % de la consommation annuelle en Corse. C’est un simple apport de courant continu. Officiellement, c’est la liaison SARCO, qui est une liaison synchrone, qui a mis fin à l’isolement électrique de la Corse. Mais en fait c’est EDF qui gère le réseau de transport (et non RTE) et le réseau de distribution. EDF n’a plus le monopole de la production, mais possède la quasi-totalité du parc de production, sauf de petits moyens avec les ENR (PCH et éoliennes) qui bénéficient de l’obligation d’achat (75).
La Corse est maintenue comme zone NI, alors qu’elle n’a aucune raison de le rester, et que cette situation constitue un handicap à son développement. La CRE (la Commission de Régulation de l’Energie) déplore cette situation qui interdit au consommateur de choisir de fait son fournisseur d’électricité. La libéralisation, selon la CRE, passe par une interconnexion. Un fournisseur désirant s’implanter en Corse, devrait disposer d’électricité à vendre. L’électricité est subventionnée à plus de 50 % et un dispositif est prévu (76) pour rembourser les pertes résultant de la péréquation…
Le Rapport Leteurtrois est assez sévère pour EDF et la CTC : “Bref la mission est conduite à constater que la première PPI a mésestimé l’adéquation du parc de production à la demande d’électricité, sous-estimé l’augmentation de la consommation et surestimé la croissance du parc de production. La mission invite l’Administration à tirer les leçons de ce premier exercice…”.
Sa conclusion est que le parc doit être renforcé pour fonctionner des milliers d’heures par an, afin d’éviter le renouvellement de la crise en cas d’hiver rude. Un moyen dérisoire, comme le barrage sur le Rizzanese, joue là le rôle de véritable alibi. C’est une fausse solution à de vrais problèmes. Cet ouvrage est très mal adapté pour résoudre le problème du froid et l’alimentation électrique de l’île, de façon générale. Mais cette fausse solution du barrage a servi à masquer les erreurs et l’imprévoyance d’EDF et de la CTC… et à occulter les vrais problèmes et couvrir les responsabilités.
L’affirmation, constamment réitérée par EDF durant la crise de froid de 2005, ne résiste pas à l’analyse des faits, souligne le rapport Leteurtrois : “Les moyens de production dont dispose EDF en Corse sont suffisants pour satisfaire en permanence la demande d’électricité, même en cas de vague de froid ou d’aléas techniques de longue durée”. Autrement dit, cette affirmation est complètement fausse !
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