Sommaire

Notes

Un fonctionnement par éclusées

Zones de fractures et de risques

Mesures onéreuses de confortement

Barrage dangeureux pour la population

L'onde de submersion

Le barrage-poids est un ouvrage fragile

Risques en aval du barrage

Leçons des catastrophe passées

 

L'onde de submersion

  

   Le dossier du Rizzanese ne comporte pas d’analyse des risques, ni la simulation de l’onde de submersion, en cas de rupture du barrage. Et si, avec 41 mètres de hauteur, la digue, selon la réglementation française, ne constitue pas un grand barrage, ce ne le sera pas davantage avec une hauteur portée à 51 mètres, après le rehaussement de 10 mètres envisagé par EDF !
   Ce qui compte, a estimé le Conseil d’Etat, ce n’est pas la sécurité vue selon les principes internationaux, comme ceux de la CIGB, mais c’est la réglementation applicable en France (55). De ce fait, le point de vue du Conseil d’Etat, avant l’accident, est aussi désinvolte vis à vis de la sécurité de la population que l’arrêt de la Cour de Cassation a pu l’être après la catastrophe de Malpasset.
   En effet, il résulte de l’article 6 du décret du 6 mai 1988 relatif aux plans d’urgence, que seuls doivent faire l’objet d’un plan particulier d’intervention “…4° Les aménagements hydrauliques qui comportent à la fois un réservoir d’une capacité égale ou supérieure à quinze millions de mètres cubes et un barrage ou une digue d’une hauteur d’au moins vingt mètres au-dessus du point le plus bas du sol naturel…“. Telle est l’analyse du Conseil d’Etat.
   Dans ces conditions, “si le barrage du Rizzanese a une hauteur de 40,5 mètres  (56), la capacité de son réservoir n’est que de 1,3 million de mètres cubes ; qu’il est ainsi hors du champ d’application du décret du 6 mai 1988 ; que le décret du 15 septembre 1992 relatif aux plans particuliers d’intervention concernant certains aménagements hydrauliques, qui prévoit notamment que le maître d’ouvrage établit « une analyse des risques en cas de rupture du barrage », ne s’applique qu’aux ouvrages mentionnés au 4° de l’article 6 du décret du 6 mai 1988 ; qu’ainsi, les dispositions réglementaires précitées n’ont pas été méconnues…“.
   Avec cette bénédiction a priori du Conseil d’Etat, EDF a poursuivi le projet de construction de l’aménagement. L’onde de submersion concerne tous les responsables de la sécurité et de la protection de la population à l’aval. Cette simulation, pour le cas de rupture du barrage, a paru inutile, en l’état de la réglementation en France, car elle n’est pas obligatoire. EDF a pu économiser aussi cette dépense.

    La rupture de l’ouvrage est suivie de la propagation d’une onde de submersion. Les paramètres qui interviennent dans le mécanisme de la rupture et dans les effets de l’inondation catastrophique, peuvent être simulés. On peut déterminer ainsi les profondeurs d’eau, l’étendue de la zone de submersion et les vitesses d’écoulement à l’aval du barrage rompu.
   Cette simulation aurait montré que même les maisons les plus en hauteur du village de Zoza ne seraient pas épargnées. Le centre de l’agglomération se trouve directement en contrebas de la digue, dans la vallée étroite du Rizzanese, à moins de 6 km à l’aval de la retenue. Les maisons du vieux village sont à une quinzaine de mètres seulement au-dessus du cours d’eau.
   Une rupture du barrage a été prétendue impossible, mais on ne saurait expliquer pourquoi. Or, en cas de rupture, les eaux vont se précipiter dans des proportions considérables : 1.300.000 m3, c’est-à-dire près d’un milliard et demie de litres, pour dévaler quelque 5 kilomètres en aval sur les premières habitations, avec les blocs, les troncs d’arbres et des vagues monstrueuses mouvementées par la forte dénivellation et les accidents du relief.
   La vallée, contrariée par la présence de la colline de Cuncarelle, qui se trouve juste en face de Zoza, effectue là un S géant, enserré entre les parois. L’énorme masse d’eau, après la rupture du barrage, se trouvera ballottée en “feuille morte“ du Nord au Sud, et balayera toute la vallée jusqu’à la partie la plus haute du village. Personne ne devrait en réchapper dans une zone étroite comme cette haute vallée du Rizzanese.

 

 

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