Sommaire

Notes

Un fonctionnement par éclusées

Zones de fractures et de risques

Mesures onéreuses de confortement

Barrage dangeureux pour la population

L'onde de submersion

Le barrage-poids est un ouvrage fragile

Risques en aval du barrage

Leçons des catastrophe passées

 

Notes: Cherchez la faille

 

(44) Tableau d’analyse de l’eau du tuyau et de l’eau du Rizzanese -
Résultats de la détermination et de la pesée des éléments métalliques
(Seuls les éléments avec des différences entre le tuyau et la rivière sont
notés)
Eléments          Se       Fe        Si       Mg       Ca       Na     K      Somme des
Métal                                                                                       Eléments
Amont             8,66    27,2     7,33    3,76    9,56    12,8    1        129,725
Aval                 5        26        6,57    3,87    9,51    12,7    1        124,065
Tuyau              5          5        7,28    3,69    21,4    20       0,8     122,585
----------------------------------------------------------------------------------------------
Différences
(amont/aval)    3,7       1,2     0,8     -0,1       0,1      0,1     0             5,7
(amont/tuyau) 3,66   22,2     0,05    0,07    -12       7,2    0,2          7,14
(aval/tuyau)     0,0     21      -0,7      0,18    -12      -7,3    0,2          1,48

(45) Relevés de la fracturation – Des relevés de la fracturation en
surface montrent qu’il existe un certain nombre de failles (visibles sur
les photo) N35° en échelon, N115° et N155°, N80° et N73° au droit de
la retenue.

(46) La Gore ou altérite – On appelle gore ou gorrhe le résultat
de l’érosion chimique du granit. On dit aussi altérite. C’est un stade
d’aboutissement de la décomposition du granite en sable (quartz domi-
nant) et argile, avec présence d’oxyde de fer). On parle pour ce matériau
d’arènes granitiques.

(47) L’altération météorique reconnue par EDF - “L’effet de l’alté-
ration météorique consiste en une désagrégation de la roche qui aboutit à
la création d’une altérite (formation altérée sur place), constituée de gore
sableux (terme ultime) ou d’un mélange de granite fortement altéré dans
la masse, avec subsistance de boules peu ou pas altérées. Les reconnais-
sances effectuées sur le site du barrage ont montré une forte altération
météorique sur les versants, pouvant dépasser la vingtaine de mètres,
avec présence possible de boules, comme en rive droite de la zone du bar-
rage”. (Etude d’impact d’EDF, p. 35, 2.2.2.) [NDLR : La gore décrite ici
sur le barrage du Rizzanese rappelle les aspects géologiques du mont
Toc, au-dessus du Vaillont à Longarone].

(48) Les variations de niveaux lors des éclusées - Les éclusées
sont un facteur de risque pour le barrage du Rizzanese. “ Les variations
journalières du niveau du plan d’eau pouvant atteindre 12 mètres de
hauteur “ (Règlement d’eau – pièce 16 du dossier d’EDF, article 2.2).
D’après EDF “Les montées et baisses successives du plan d’eau pour-
raient se traduire par des instabilités des formations meubles recouvrant
les berges de la retenue, si des mesures de confortement n’étaient pas
prises au stade des travaux. Ce risque ne pourrait affecter que les abords
immédiats du barrage en rive droite où l’altération météorique est plus
développée qu’au niveau de l’axe lui-même, où elle a été en partie érodée
par la rivière au droit du verrou. Sans mesure particulière, des désordres
au niveau des berges risqueraient de se produire dans les horizons de
gore et de granite altéré, si ces derniers n’ont pas une capacité naturelle
d’essorage suffisante. Deux profils de géophysique ont ausculté cette
zone, et montrent des épaisseurs assez importantes de gore, dépassant
parfois les 25 mètres (en vertical). La mise en mouvement d’une partie
de ces terrains pourrait entraîner des problèmes, tels que l’ensablement
d’organes de sécurité de l’ouvrage...”. (Etude d’impact p. 264 Stabilité
des terrains 3è §). Au niveau du Règlement d’eau il était prévu une éclu-
sée par semaine : (Etude EDF Pièce 16 : Article 6 : Exploitation normale
de la chute – éclusées 6.1.) “ L’aménagement dont la vocation première
est la production d’énergie de pointe, fonctionnera en mode “ éclusée 
hebdomadaire “. Mais les conditions changent : (Etude d’impact p. 238)
“ Pour la période comprise entre octobre et mai, la durée moyenne journa-
lière estimée de turbinage à plein régime (15 m3/s) serait de 6 heures, ré-
parties entre 2 à 3 éclusées “.   [NDLR : quelles mesures de confortement
EDF aura pu adopter à son barrage de Tuilières, près de Bergerac, qui a
cédé en janvier 2006 (voir Rapport annuel d’EDF Fig. 17)]

(49) Caldane et la diorite orbiculaire – La vallée du Fiumicicoli
rejoint le Rizzanese juste au-dessous de Sainte-Lucie de Tallano. On y
trouve une source d’eau chaude avec les bains des Caldane et une cu-
riosité géologique, la diorite orbiculaire encore appelée corsite (en corse,
petra occhjata), dont la mine est aujourd’hui épuisée. Cette pierre est
formée de boules de feldspath. Sa composition chimique est intermé-
diaire entre une diorite et un gabbro. Cette roche proviendrait d’un
magma en surfusion. Les autres sources d’eaux chaudes mentionnées :
Baracci se trouve près de l’embouchure du fleuve du même nom qui se
jette aussi à Propriano. Guitera se trouve un peu plus loin à proximité
du Taravu qui se jette dans le Nord du golfe de Valincu.

(50) Catastrophe de Malpasset – La rupture du barrage hydroélec-
trique de Malpasset, en France, a fait 423 morts en quelques minutes
le 2 décembre 1959 à Fréjus dans le Var. Des blocs de pierre pesant
jusqu’à 600 tonnes ont dévalé la colline et détruit le quartier de Mal-
passet. L’ouvrage culminait à 59 m et a cédé brutalement, lâchant à
la vitesse de 70 km/h dans la vallée encaissée du Reyran, une vague
de 40 m de haut. Près de 50 millions de m3 d’eau ont déferlé jusqu’à
la mer. L’épaisseur de la voûte ne dépassait pas 1,50 m en à la crête
et 6,78 m à la base. La roche semblait de  bonne qualité en apparence
mais médiocre en profondeur. Un phénomène, rare et dangereux,  de
“sous-pressions“ fut le résultat de circulations parasites dans les ro-
ches de la zone d’ancrage de l’ouvrage. Une série de failles sous le côté
gauche du barrage, “ ni décelées, ni soupçonnées “ pendant les travaux
de prospection, selon le rapport des experts, faisait qu’à cet endroit la
voûte ne reposait pas sur une roche homogène. Le 2 décembre 1959,
le rocher situé sous la rive gauche a littéralement “ sauté comme un
bouchon “ et le barrage s’est ouvert comme une porte. De l’avis des ex-
perts il n’y a eu aucune infraction aux règles de l’art ni aucun vice dans
la conception de l’ouvrage. L’arrêt de la Cour de cassation conclut en
1967, qu’aucune faute, à aucun stade, n’a été commise. La conclusion
en revient à André Coyne : “ De tous les ouvrages construits de main
d’homme, les barrages sont les plus meurtriers “. C’était l’ingénieur qui
a conçu le barrage de Malpasser. Il était alors président de l’Association
internationale des grands barrages et spécialiste incontesté de la cons-
truction des barrages-voûtes. Il est mort 6 mois après la catastrophe du
barrage de Malpasset. [NDLR : Quand on pense au Rizzanese, on doit
se rappeler qu’à Malpasset il y a eu 423 victimes identifiées mais il n’y
a eu aucune faute, à aucun stade !].

(51) Catastrophe de Tuilières en 2006 -  Le barrage de Tuilières
sur la Dordogne, près de Bergerac, était cité par EDF comme un aména-
gement bien conçu et bien géré. Voir le Rapport annuel EDF 2003. Il a
cédé en janvier 2006 sans faire de victimes et la Presse a pu parler d’un
miracle (voir Fig. 17).

(52) Catastrophe de Longarone sur le Vaillont - Le 9 octobre
1963, dans les Alpes italiennes, une partie du mont Toc est tombée
brutalement dans le lac de retenue du barrage sur le Vaillont, noyant
environ deux mille quatre cents personnes (2 400 morts). Les gerbes
d’eau se sont élevées à 150 m de haut et une vague de 100 m est passée
par-dessus le barrage pour ravager la vallée. La voûte du barrage n’a
pas cédé. Un film franco-italien, avec Michel Serrault et Daniel Auteuil,
retrace cette tragédie. La diga del disonore, en 2001, La Folie des hom-
mes en français en 2002. [NDLR : Le mont Toc, au-dessus de la vallée
du Vaillont, n’est pas loin de nous : latitude 46° 13’ Nord (entre Roanne
et Niort), longitude 12° 19’ Est (soit 3° de Bastia)].

(53) Mesures pour la sécurité des populations (loi de 1919)
– Selon  la loi du 16 octobre 1919 modifiée (Titre II, article 10), relative
à l’utilisation de l’énergie hydraulique par les entreprises concédées, “
Le cahier des charges détermine notamment : § ...2° - Le règlement d’eau
et en particulier les mesures intéressant... la protection contre les inonda-
tions, la salubrité publique, l’alimentation et les besoins domestiques des
populations riveraines, l’irrigation, la conservation et la libre circulation
du poisson, la protection des paysages, le développement du tourisme “
[NDLR : Dans le Règlement d’eau du Rizzanese ces principes de la loi
sont méconnus ou traités a minima].

(54) CIGB - La Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB)
a été créée en 1928 et a actuellement 81 pays membres. Grands barra-
ges selon le Registre Mondial de la CIGB : barrages d’une hauteur supé-
rieure à 15 m, et barrages de 10 à 15 m de hauteur dont la longueur en
crête est supérieure à 500 m, ou qui stockent plus de 1 hm3 d’eau, ou
dont l’évacuateur débite plus de 2.000 m3/s. Le bulletin 111 de la CIGB
est une Étude de l’onde de rupture de barrage - À la suite de catastro-
phes sur plusieurs barrages importants, tels que Vajont, Malpasset,
Teton et Macchu II, le risque de rupture de barrage, avec propagation
d’une onde de crue dans la vallée, est devenu un sujet de grande préoc-
cupation. Le Bulletin 111 de la CIGB examine les paramètres interve-
nant dans le mécanisme de rupture, et définit la technique de prévision
des profondeurs d’eau, de l’étendue de la zone de submersion et des
vitesses d’écoulement à l’aval d’un barrage rompu. Il décrit divers pro-
grammes de calcul d’onde de rupture de barrage et présente des recom-
mandations relatives à l’utilisation de tels programmes. Une synthèse
unique à la disposition de tous ceux intervenant dans l’évaluation de la
sécurité des barrages et dans la protection de la population à l’aval.

(55) Vision du Conseil d’Etat (sécurité pour le Rizzanese) - “ A
ce titre, il résulte de l’article 6 du décret du 6 mai 1988 relatif aux plans
d’urgence, que seuls doivent faire l’objet d’un plan particulier d’interven-
tion «...4° Les aménagements hydrauliques qui comportent à la fois un
réservoir d’une capacité égale ou supérieure à quinze millions de mè-
tres cubes et un barrage ou une digue d’une hauteur d’au moins vingt
mètres au-dessus du point le plus bas du sol naturel...». § Cela étant,
le Conseil d’Etat peut en conclure que « si le barrage du Rizzanese a
une hauteur de 40,5 mètres, la capacité de son réservoir n’est que de
1,3 million de mètres cubes ; qu’il est ainsi hors du champ d’application
du décret du 6 mai 1988 ; que le décret du 15 septembre 1992 relatif
aux plans particuliers d’intervention concernant certains aménagements
hydrauliques, qui prévoit notamment que le maître d’ouvrage établit
« une analyse des risques en cas de rupture du barrage », ne s’appli-
que qu’aux ouvrages mentionnés au 4° de l’article 6 du décret du 6 mai
1988 ; qu’ainsi, les dispositions réglementaires précitées n’ont pas été
méconnues “ - Arrêt du Conseil d’Etat n° 275013 du 10 novembre 2006,
10ème et 9ème sous-sections réunies. Président M. Martin, Rapporteur
Mme Fabienne Lambolez, Commissaire du gouvernement Mlle Verot,
la SCP Coutard-Mayer représentait EDF. L’arrêt figure aux Tables du
Recueil Lebon. [NDLR : L’irresponsabilité a priori dans l’arrêt du Con-
seil d’Etat pour le Rizzanese rappelle le point de vue des arrêts de la
Cour de Cassation après la catastrophe à Malpasset : 423 victimes mais
aucune faute à aucun stade].

(56) La hauteur du barrage du Rizzanese pour le Conseil d’Etat
- Le Conseil d’Etat donne pour le Rizzanese une hauteur de 40,5 mè-
tres. Mais le dossier décrit une digue de 41,5 mètres plus le rehausse-
ment de 10 mètres !

(57) Les barrages-poids – Les barrages-poids s’opposent avec leur
poids à la poussée de l’eau. Le poids empêche le barrage de glisser sur
sa fondation ou de basculer sur lui-même. Les barrages poids sont des
ouvrages massifs en maçonnerie ou en béton (béton compacté au rou-
leau pour les plus récents). Ce sont à l’évidence les ouvrages les plus
fragiles. Une forme légèrement courbe a été donnée au tracé en plan
pour permettre les mouvements de la structure en évitant l’ouverture
des joints, notamment en hiver. Les formes les plus fréquentes sont des
profils triangulaires qui supportent la route de couronnement. Le pare-
ment amont est vertical ou avec un fruit très faible.

(58) Les ruptures du barrage de Bouzey - Le barrage de Bouzey a
causé en 1895 la mort de plus d’une centaine de personnes. Il avait alors
une hauteur de 18 mètres. Ce barrage, construit sur l’Avière, en périphé-
rie immédiate d’Epinal, a encore bougé en 2003 lors d’un petit tremble-
ment de terre. Une partie de la digue a été ébranlée et la fissure est visible
à l’œil nu. Le mécanisme de rupture des barrages poids, par pénétration
de la sous-pression des eaux d’infiltration dans les fissures à leur pied
amont, a été mis en évidence par M. Levy dès la fin du XIXè siècle.

(59) La sécurité à l’aval des barrages : Catastrophe sur le Drac
– En Isère, le 5 décembre 1995, six écoliers et leur accompagnatrice ont
été surpris par la montée inopinée des eaux lors d’une lâchure d’EDF
et noyés. Ils étaient en promenade de découverte de l’environnement
sur le Drac. Depuis cet accident des mesures figurent dans les règle-
ments d’eau qui consistent à interdire certaines zones et apposer des
panneaux. Pour le Rizzanese il a été décidé : “ Toute activité sur le plan
d’eau sera interdite “ (article 2.1 du règlement d’eau). “ Des panneaux
d’avertissement sur les risques liés aux lâchers d’eau prévus et aux fluc-
tuations de débit autorisées... seront disposés sur tous les accès recen-
sés “ (articles 2.2 et 2.4 du Règlement d’eau).

 

 

 

 

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