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III. Cherchez la faille
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Leçons des catastrophes passées
Chaque année un accident de barrage a lieu en moyenne dans le monde, avec parfois des milliers de morts. “De tous les ouvrages faits de main d’homme, les barrages sont les plus meurtriers“. Ces mots sont d’André Coyne, le constructeur de Malpasset, qui est décédé 6 mois après la catastrophe. C’était le président des grands barrages, et le spécialiste incontesté des barrages-voûtes.
Ces barrages-voûtes sont le type d’ouvrage réputé le plus solide. Ils doivent s’appuyer irréprochablement sur le rocher. Ce n’était apparemment pas le cas à Malpasset. Et ce n’est pas non plus le cas au Rizzanesse, d’après l’analyse d’EDF.
Une autre catastrophe est intervenue en 1963 sur le Vaillont, dans les Alpes italiennes. Ce jour-là, une portion de la montagne est tombée brutalement dans le lac de retenue. Une vague de 100 mètres est passée par-dessus le barrage pour ravager la vallée et noyer plus de deux mille personnes. Pourtant, la voûte du barrage n’a pas cédé et elle reste intacte encore aujourd’hui.
Un barrage peut être dégradé ou détruit par suite de vices de conception, ou de construction, ou encore de problèmes de matériaux. Ce peut être aussi une cause naturelle, comme une crue exceptionnelle, une inondation, un mouvement de terrain ou un séisme. Sans compter l’érosion, qui désagrège les matériaux...
Enfin il faut faire la part des aspects humains, qu’il s’agisse d’une erreur d’exploitation ou d’une faute de surveillance ou encore d’un défaut d’entretien, sans compter la malveillance, les sabotages, les attentats. Ces ouvrages très dangereux sont aussi très vulnérables.
Lors de la rupture, une inondation catastrophique se produit, avec une submersion qui déferle en aval. Dès le projet de construction, on peut simuler sur ordinateur les paramètres de la catastrophe. On voit ainsi la hauteur de l’eau, la vitesse de la vague, son débit, l’instant de son passage en tout point de la vallée. Cette zone est appelée la zone du Quart d’heure.
Les autorités administratives, responsables des risques et de la sécurité de la population, n’ont pas exigé dans le dossier du Rizzanese des études sérieuses sur une inondation catastrophique de ce type. Ces ruptures se reproduisent et, chaque fois, elles causent des désastres et des morts. A posteriori on voit que la décision du barrage n’aurait jamais dû être prise. Mais les victimes ne témoignent pas. Elles sont mortes. On les oublie.
EDF fait preuve de cynisme ou d’inconscience : “On rappellera que l’occupation humaine du fond de vallée du Rizzanese, depuis le barrage jusqu’à son embouchure dans le golfe de Valinco est extrêmement faible, les villages étant situés sur les hauteurs. Dans les 15 km à l’aval du barrage, les habitations les plus proches sont celles de la commune de Zoza ; elles sont situées une quarantaine de mètres plus haut que le cours d’eau…“. C’est dit dans l’étude d’impact, p. 214, dans le chapitre Sécurité !
Or Zoza n’est pas sur la hauteur, mais dans une cuvette, juste au-dessus du fleuve. Les maisons ne sont pas à 15 km mais entre 5 et 6 km à l’aval du barrage. Elles ne sont pas à 40 mètres mais à une vingtaine de mètres au-dessus du Rizzanese. En cas de rupture du barrage, plus d’un million de mètres cubes d’eau, d’arbres et de rochers dégringoleraient avec une énorme vague qui balayerait la vallée dans un mouvement de balancier d’une rive à l’autre.
A Malpasset, la vague de 40 mètres a déferlé à 65 km/heure et en 20 minutes a atteint la mer, avec 423 victimes identifiées...
Pour le Rizzanese, EDF n’a pas fait la simulation de l’onde de submersion ou ne l’a pas communiquée. A Zoza on n’a pas de possibilité d’alerte. Les délais sont incompatibles avec la diffusion de l’alarme auprès des habitants, pour leur mise en sécurité.
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