Saccage d'une nature précieuse
La vallée du barrage est une zone remarquable. On y trouve des “marmites de géants“ que l’on va filmer dans des pays du bout du monde, comme la Nouvelle Zélande.
Pour la flore et la faune, il en est de même avec une abondance et une variété de fleurs et de batraciens.
Le Livre Rouge des espèces menacées, cite le discoglosse corse comme une espèce “rare“ protégée par l’arrêté du 22 juillet 1993. Lors d’une journée d’investigations, un naturaliste a observé, en aval du site du barrage, un discoglosse corse, espèce endémique (Discoglossus montalentii), protégée au plan national et référencée à l’Annexe II de la Directive CEE Habitats du 21 mai 1992.
Cette observation est en contradiction avec ce que dit EDF : “Aucune espèce dont la présence sur le site est confirmée, n’est une espèce rare et/ou protégée“ (Etude d’impact, page 105 D).
D’autres remarques d’EDF doivent être corrigées : “L’espèce corse Discoglossus montalentii est par contre considérée comme menacée par l’auteur (Delaugerre, 1992). Dans la vallée du Rizzanese, elle n’a été identifiée qu’aux environs de Sartène (Lanza, Nascetti, Capula & Bullini), donc bien à l’aval du projet“. C’est inexact, d’après le compte rendu et les relevés de notre observateur. Plusieurs espèces protégées sont attestées près du site du barrage. EDF admet qu’on va détruire une zone favorable à la ponte des discoglosses. “La réalisation d’un barrage sur le site amènera bien évidemment la destruction complète par submersion des biotopes que nous avons étudiés“.

L’étude d’impact veut voir là un effet positif : “A plus long terme, la présence d’une retenue d’eau sur ce site va probablement entraîner une modification importante du peuplement entomologique : les insectes hygrophiles (Chironomes, Dolichopodiles) seront favorisés et domineront probablement les peuplements. On assistera à l’augmentation de la biomasse des insectes à larves aquatiques présents dans les milieux à faible courant. Un tel aménagement pourrait donc être de nature à augmenter la diversité écologique à l’échelle de la région par diversification des milieux“ (page 284).
On ne peut accepter comme un progrès ces propositions des “naturalistes“ d’EDF qui, loin de leurs compétences, prétendent recréer en moyenne montagne de prétendues zones humides qui prendraient insidieusement la place des eaux vives, sauvages et fécondes qui constituent le Rizzanese. EDF joue les apprentis sorciers : “L’étude statistique des insectes permet, en appliquant les lois de la théorie de l’information, de caractériser le site comme appartenant à un écosystème mature mais rajeuni dans les parties abruptes des bords du torrent …
La diversité que nous avons mesurée est forte. Elle vient de ce que le site est une micro mosaïque de conditions biotiques variables depuis la ripisylve jusqu’au sommet de la falaise”. C’est une vision de cauchemar : “En conclusion, l’impact des installations définitives sera discret, voire même positif pour la zone de la retenue “ (p. 284). Et EDF veut trouver là un intérêt exceptionnel : “L’attrait touristique de la vallée sera renforcé par la création d’un nouveau “site-image“, à la fois par la curiosité pour les ouvrages et la présence du plan d’eau égayant le site sauvage du haut Rizzanese“.
Le principal attrait de la Corse réside dans le caractère sauvage des paysages. Tous les Guides touristiques en témoignent. Il est donc difficile d’imaginer que des équipements industriels, du fait qu’ils “vont introduire un élément de modernité dans le paysage“, vont participer au développement touristique de la région. Ils sont médiocres et ils placent la Corse au rang des régions en voie de développement permanent.
Cet "aménagement" réalise là une vraie catastrophe. L’écologie est sacrifiée, avec les poissons, les espèces comme l’Anchusa crispa, l’osmonde de Plumier, les discoglosses, ou encore le cerf de Corse et le mouflon qu’on avait réintroduits dans les environs.
Le haut Rizzanese, c’est une vallée sauvage, avec ses cascades, son caractère exotique, sa faune et sa flore. Ce sont aussi des paysages singuliers, des vestiges historiques et archéologiques. Toutes les zones seraient atteintes jusqu’à la mer.
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