Un torrent qui part en crues à la mer
En toute saison, le débit du Rizzanese est d’environ 2.000 litres par seconde. C’est beaucoup pour un torrent, c’est peu pour un “fleuve“. Lors des orages, la rivière gonfle et, quelques heures plus tard, redevient comme avant... Tous les vingt ou trente ans, de grosses crues lui font atteindre les arches et les parapets des ponts avec un débit de centaines de milliers de litres par seconde. Le fleuve en colère roule alors avec fracas des blocs de rochers et des milliers de galets qui viennent se déposer dans les petits lacs au pied des cascades et tout au long des rives.
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L’apport du Rizzanese, est constitué par l’eau des pluies lors des orages. Les partisans du barrage voient là une garantie pour fournir de l’électricité à la Corse à partir de ses ressources naturelles. Dans l’absolu, cette idée a sa logique, mais il y a un grand écart entre les calculs d’EDF et la réalité. La production électrique est surévaluée avec un calcul erroné des possibilités du cours d’eau.
Le Rizzanese a un débit plus proche des torrents que de fleuves comme le Rhône ou le Rhin, ou de rivières européennes comme l’Allier ou la Meuse. Ce n’est pas un oued ou un arroyo, mais son régime méditerranéen offre des analogies avec ces cours d’eau d’Afrique du Nord ou d’Amérique du Sud. La loi prévoit un “débit à relâcher“ qui doit maintenir un équilibre et des conditions de vie pour les espèces, comme les poissons.
EDF a utilisé une “moyenne“ antiscientifique qui intègre les crues. Or, de son propre aveu, les crues ne sont guère exploitables. Mais la moyenne permet de détourner “légalement“ une quantité supérieure à l’eau qui coule habituellement. Des variations très fortes ont lieu lors des crues d’orages, parfois plusieurs fois par an.
Les statistiques de débits émanent de la DIREN (13). La moyenne théorique est de 3,32 m3/seconde. Ce débit est faussé par les crues. Selon l’étude d’impact, on ne peut pas les exploiter, car les dimensions du lac artificiel sont trop limitées. Pourtant elles interviennent dans les statistiques, qui sont donc faussées. Ces crues inexploitables nourrissent surtout la surverse. Elles faussent la quantité d’eau réellement disponible pour le turbinage, car celui-ci est forcément amputé de la surverse.
Pour exploiter ces crues, il faudrait un réservoir bien plus vaste. D’après les données de la DIREN analysées par EDF, sur 35 ans, de 1966 à 2000, “32 épisodes de crues, pour lesquels le débit de pointe était supérieur à 85 m3/s ont été enregistrés…”. Il y a donc une crue de ce type à peu près chaque année. Or une seule de ces crues remplirait le lac de retenue en un peu plus de trois heures.
Le volume utile du réservoir est de 1 hm3. La crue qui revient presque chaque année, apporte (14) au moins 85 m3 d’eau par seconde. Le lac artificiel se remplirait donc en trois heures, et plus vite encore si le réservoir n’est pas vide au débute de la crue ! Selon l’étude d’impact d’EDF, “L’examen des histogrammes de crues montre que le temps de base moyen du ruissellement est de 12 heures“. Pendant ce temps, une crue de ce type apporte en une fois, 3.672.000 m3, soit près de quatre fois le volume du réservoir !
En pratique, le Rizzanese est torrentiel. La “crue-type“ n’est pas exploitable, mais légalement elle est intervenue pour le calcul du débit moyen… qui est donc surestimé.
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