Notes : Un aménagement illusoire
(1) Zoza di mala fortuna, d’invernu mai sole, d’estate mai luna.
“ Zoza, village de malheur, l’hiver jamais de soleil et l’été jamais de lune “.
Le sens originel du nom Zoza était Village-Refuge, au temps de l’anti-
quité grecque. Puis on l’a appelé, avec pléonasme, Zoza di mala fortuna
au temps de l’antiquité latine. L’expression est restée en corse mais a
été comprise autrement. Zoza était caché à l’ubac, dans un repli de la
vallée, un peu au-dessus du cours du Rizzanese. Les autres villages de
la Pieve d’Atalà étaient visibles et disposés en arc de cercle. La vallée de
Zoza était fermée par la colline de Castellu, au-dessus du CD20 qui do-
mine l’église pievane de San Ghjuvani Battista, et comporte à son faîte
les ruines d’un très vieux fortin, en liaison visuelle à l’Ouest avec la tour
de Campomoro. A l’Est on a la ligne des castelli (châteaux), depuis la
Serradù jusqu’à Capula et le complexe torréen de Cucuruzzu. En cas de
menace d’envahisseurs, les habitants des villages de la piève refluaient
vers la Munacia de Zoza. Le village était caché au centre du dispositif.
Si le danger se précisait, la population se réfugiait plus loin, dans la
Serradò Zozinca (Casanovese et la vallée du Piubettu, qui sont hors du
territoire de Zoza mais plus à l’Est, du côté du site du barrage).
(2) Les 12 associations du recours au Conseil d’Etat – 1. ADRE
(Association de Défense du Rizzanese et de son Environnement) – 2.
Macrostigma (Association Agréée pour la Pêche et la Protection du Mi-
lieu Aquatique) – 3. Association Rivanese (Association de Riverains
du Rizzanese) – 4. Acqua viva (Association de nage en eau vive) – 5.
APLAPDL (Association Pour le Libre Accès aux Plages et la Défense du
Littoral) – 6. Fédération Française de Canoë-Kayak – 7. S.A.R.L. Le Nau-
tile – 8. ANPER-TOS (Association Nationale pour la Protection des Eaux
et Rivières - Truites Ombres Saumons) - 9. SOS Loire Vivante et Euro-
pean Rivers Network – 10. RIPH (Rassemblement International pour la
Promotion de l’Hydrospeed) – 11. Association Le Poulpe – 12. Mountain
Wilderness. – Il faut ajouter deux organismes qui sont intervenus en
cours d’instruction du dossier en Conseil d’Etat : la Commune de Zoza
et l’Association France Nature Environnement.
(3) Les invertébrés du Rizzanese - “Le taux d’endémisme est très
élevé dans le Rizzanese. 47 des 108 espèces recensées en 1995 sont en-
démiques dans le système cyrno-sarde “ (Etude d’impact EDF, P. 146).
“ Le peuplement d’invertébrés benthiques du Rizzanese est le plus riche
de ceux que nous avons étudiés en Corse jusqu’à présent. La production
biologique de ce cours d’eau est remarquable. Elle a pour cause première
l’importance de l’apport de matières organiques depuis la ripisylve et la
végétation du bassin versant. Cet apport allochtone permet tout au long
de l’année le développement d’importantes populations avec dominance
des fragmenteurs et des collecteurs. L’analyse du peuplement d’inver-
tébrés benthiques confirme les données du peuplement algal : richesse
taxonomique et production biologique élevées, oligotrophie au printemps
et situation à tendance mésotrophe le reste de l’année, absence de pollu-
tion “. (Etude d’impact EDF, Page 175).
(4) Le SDAGE-RMC – Le Schéma Directeur d’Aménagement et de Ges-
tion des Eaux a été créé comme outil de planification par la loi sur l’eau
du 3 janvier 1992. Le bassin Rhône – Méditerranée – Corse (RMC) avait
élaboré le SDAGE pour la Corse. Le Comité de bassin de Corse a été
créé en 2002.
(5) Les pozzine – Le paysage des pozzine est très particulier. Ces pe-
louses tourbeuses d’un vert tendre, sont vieilles de plusieurs milliers
d’années et renferment diverses espèces de mousses. Elles doivent ce
nom de pozzine au botaniste Briquet, qui les a baptisées ainsi en 1910
par référence aux trous d’eau (i pozzi, en corse). Ces tourbières, plus
vertes que des jardins anglais, sont parsemées de mares où se reflète le
bleu intense du ciel. Le gazon, imbibé d’eau, se décompose à la base en
donnant la tourbe. Ce sont des réservoirs de fraîcheur, recouverts d’une
herbe tendre que les vaches et les cochons viennent dévorer, avec le ris-
que de les dégrader, et l’avantage d’éviter l’invasion des arbustes. Il faut
maintenir un juste équilibre. Ces “pozzine” permettent aussi à différen-
tes espèces végétales de s’épanouir, que ce soient les grassettes - petites
plantes carnivores qui se nourrissent d’insectes attirés par l’eau - les
violettes fragiles, les renoncules toujours fatiguées et à demi couchées,
ou les aconits. Cette pozzine est une herbe courte, fragile et protégée. La
pozzine se retrouve au milieu d’un marais. Ce marais laisse apparaître
des tranchées d’eau ponctuelles : un spectacle unique de la nature. La
légende dit que les lacs corses naquirent lorsque les fées jetèrent des
diamants dans la montagne. Depuis, ces petits bijoux sont blottis dans
les cuvettes rocheuses d’altitude ou dans de vastes pelouses.
(6) Anchusa crispa - Anchusa crispa ou Buglosse crépu. Cette plante
est protégée et prioritaire au plan mondial. Elle figure à l’annexe II de la
Directive européenne 92/43/CEE dite “Habitats”.
(7) Zone à moustiques promise par EDF - “ A plus long terme, la
présence d’une retenue d’eau sur ce site va probablement entraîner une
modification importante du peuplement entomologique : les insectes
hygrophiles (Chironomes, Dolichopodiles...) seront favorisés et domine-
ront probablement les peuplements. On assistera donc à l’augmentation
de la biomasse des insectes à larves aquatiques présents dans les mi-
lieux à faible courant. Un tel aménagement pourrait donc être de nature
à augmenter la diversité écologique à l’échelle de la région par diversi-
fication des milieux “ EDF étude d’impact, page 284. [NDLR : EDF a
constaté avec le Rizzanese une “diversité forte”, une “micro mosaïque”.
Ici EDF veut étendre la diversité écologique à l’échelle de la région ! La
Corse garde un mauvais souvenir des zones à malaria].
(8) La protection de la nature – L’encadrement réglementaire du Riz-
zanese consacre la violation de la loi sur la protection de la nature :
“ La protection des espaces naturels et des paysages, la préservation
des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques
auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre
toutes les causes de dégradation qui les menacent sont d’intérêt général.
§ Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde du patrimoine
naturel dans lequel il vit. Les activités publiques ou privées d’aménage-
ment, d’équipement et de production doivent se conformer aux mêmes
exigences. § La réalisation de ces objectifs doit également assurer l’équi-
libre harmonieux de la population résidant dans les milieux urbains et
ruraux “ (Loi n°76-629 cf. articles 1, 3, 16 et 23 et articles du code de
l’environnement : art. L411-1, 4è alinéa, L332 et L332-9).
(9) Principes du Code de l’Environnement - “I. - Les espaces, res-
sources et milieux naturels, les sites et paysages, la qualité de l’air, les
espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques
auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la nation. §
II. - Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en
état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif de dé-
veloppement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement
et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre aux leurs. Elles s’inspirent, dans le cadre
des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : § 1o Le prin-
cipe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des
connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retar-
der l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir
un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un
coût économiquement acceptable ; § 2o Le principe d’action préventive et
de correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement, en
utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement
acceptable “ (Article n° L110-1).
(10) VSD – magazine hebdomadaire
d’actualité et de loisirs lancé en 1977. Un reportage sur le Rizzanese
et sur le canoë-kayak, avec François Cirotteau, date des premières an-
nées.
(11) La Corse un paradis de l’eau vive - Ouvrage de librairie de
Josef Haas “ La Corse un paradis de l’eau vive “ édité par Im Verlag Des
Südkurier. Il est bilingue, en allemand et en français, en deux volumes,
avec beaucoup de très belles photos des rivières et un chapitre sur le
Rizzanese.
(12) La D20 – La route départementale N° 20 va de Sainte-Lucie de
Tallano à Sorbollano. Son tracé suit approximativement le cours du
haut Rizzanese.
(13) DIREN - Direction Régionale de l’Environnement, aujourd’hui fu-
sionnée avec l’ANVAR (Agence Nationale de VAlorisation de la Recher-
che, dite “Agence française de l’innovation”).
(14) La crue annuelle - Crue qui s’est produite 32 fois en 35 ans et
qui apporte au moins 85 m3 d’eau par seconde. Pour 3.600 secondes
donc en une heure, il arrive au moins 306.000 m3. En moins de 3 heu-
res, près de la capacité du lac artificiel se remplit 85 m3/s x 3.600 s. x
3 h = 918.000 m3.
(15) Loi sur l’eau du 3 janvier 1992 - “ En cas de menace majeure
pour le milieu aquatique, et notamment lorsque les milieux aquatiques
sont soumis à des conditions hydrauliques critiques non compatibles
avec leur préservation “ (Article 10. IV. 3° - Codifié aux art. L 214-1 sq.
du code de l’environnement, Loi n° 95-101 du 2 février 1995, article 69-
II – Dans ce cas l’Etat exercera ses pouvoirs de police et pourra retirer
l’autorisation...).
(16) Protection du patrimoine piscicole - “ Tout ouvrage à construire
dans le lit d’un cours d’eau doit comporter des dispositifs maintenant dans
ce lit un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la
reproduction des espèces qui peuplent les eaux au moment de l’installation
de l’ouvrage ainsi que, le cas échéant, des dispositifs empêchant la
pénétration du poisson dans les canaux d’amenée et de fuite. § Ce débit
minimal ne doit pas être inférieur au dixième du module du cours d’eau
au droit de l’ouvrage correspondant au débit moyen interannuel, évalué
à partir des informations disponibles portant sur une période minimale
de cinq années, ou au débit à l’amont immédiat de l’ouvrage, si celui-ci
est inférieur. § Toutefois, pour les cours d’eau ou parties de cours d’eau
dont le module est supérieur à 80 mètres cubes par seconde, des décrets
en Conseil d’Etat peuvent, pour chacun d’eux, fixer à ce débit minimal
une limite inférieure qui ne doit pas se situer en dessous du vingtième du
module. § L’exploitant de l’ouvrage est tenu d’assurer le fonctionnement
et l’entretien des dispositifs garantissant dans le lit du cours d’eau le
débit minimal défini aux deux alinéas précédents “. - (Article L432-5 du
Code de l’Environnement, Livre IV Faune et flore. Titre III Pêche en eau
douce. Chapitre II Section 3 Obligations relatives aux ouvrages).
(17) OEHC – Office d’Equipement Hydraulique de Corse.
(18) Débits du cours d’eau sur 35 ans 1966 à 2000 – Voir (78) fin de
volume.
(19) Le bassin de démodulation – Ce bassin à la sortie des turbines
de l’aménagement du Rizzanese est arasé à la cote 116 NGF (Nivel-
lement Général de la France). C’est la cote de la digue qui protège le
bassin contre les crues. C’est la cote à proximité de laquelle il y a con-
fluence des cours d’eau voisins du Rizzanese (cote 112 NGF), donc ses
petits affluents que sont la Culiccia (cote 139 NGF), et le Chiuvone ou
Scopamene (cote 163 NGF).
(20) Apports naturels du Rizzanese - et de ses affluents la Culiccia
et le Chiuvone, près de l’usine électrique et du bassin de démodulation,
au-dessus de la cote 116 NGF. La période est mai à octobre chaque
année.
Mai ... 6,21 m3/s x 3600/h x 24/j x 31 j = 16,63 hm3
Juin ....2,39 m3/s x 3600/h x 24/j x 30 j = 6,19 hm3
Juillet ... 1,10 m3/s x 3600/h x 24/j x 31 j = 2,94 hm3
Août ....0,85 m3/s x 3600/h x 24/j x 31 j = 2,27 hm3
Septembre ....0,97 m3/s x 3600/h x 24/j x 30 j = 2,51 hm3
Octobre ....3,02 m3/s x 3600/h x 24/j x 31 j = 8,09 hm3
Total 38,63 hm3
(21) D’après EDF la fourniture d’eau est l’idée du préfet – Dans
le projet d’aménagement du Rizzanese, un volet hydraulique est apparu
à partir de la conférence administrative en mars 1998. Il consiste à
fournir de mai à octobre aux agriculteurs de la basse vallée 1.600.000
m3 d’eau, là où il en arrive 24 fois plus naturellement : 38.630.000 m3 à
la même période ! “ Le projet a évolué à la demande du Préfet de Région
vers une vocation mixte pour satisfaire les besoins agricoles et ruraux...”
(Mémoire descriptif, dossier EDF).
(22) Cucuruzzu - Cucuruzzu se trouve à quelques centaines de mè-
tres du site du barrage du Rizzanese sur le territoire de la Commune
de Levie. Le site est classé au patrimoine mondial par l’UNESCO. Sur
un plateau recouvert d’une forêt de chênes verts, de châtaigniers mil-
lénaires et de pins, la zone abrite là d’énormes blocs de rochers grani-
tiques, sculptés de nombreuses cavités creusées par le vent et la pluie,
qui ont servi d’abris aux premiers habitants de l’Alta-Rocca. C’est un
castellu torréen construit dans un chaos rocheux. Un monument cir-
culaire, datant d’environ deux mille ans avant J.C, se présente comme
une petite forteresse, remplie de cavités, de loges et de blocs de pierres
façonnés par l’activité des hommes des époques du bronze et du fer. U
casteddu di Cucuruzzu est un exemple d’équilibre entre le travail de la
nature et celui des hommes. Les fortifications sont faites de blocs de
pierre dont certains font plus d’une tonne. Ce complexe monumental
utilise un chaos granitique agencé avec des blocs cyclopéens. Ce village
forteresse aurait été abandonné à la fin du IIIè siècle avant J.-C.. On
accède au site en passant par une boule de granite éclatée. A l’intérieur
de l’enceinte se trouvent des loges pour les activités artisanales et des
diverticules pour le stockage des denrées. Sur le rocher le plus élevé se
trouve un monument de forme circulaire, la torra, encore partiellement
recouverte. Cucuruzzu est un monument historique. La zone fait partie
du POS partiel de la commune de Levie, inconstructible (zone Nh).
[NDLR: La Commission d’Enquête publique a fait un ̈ faux ̈ pour per-
mettre de défricher la zone et de percer la galerie de dérivation du bar-
rage du Rizzanese. Le décret de DUP a officialisé l’opération. Le Conseil
d’Etat a fermé les yeux sur cette ̈inexactitude ̈].
(23) Périmètre de protection des immeubles classés – ̈Est consi-
déré, pour l’application du présent titre, comme étant situé dans le champ
de visibilité d’un immeuble classé ou inscrit tout autre immeuble, nu ou
bâti, visible du premier ou visible en même temps que lui et situé dans un
périmètre de 500 mètres... La distance de 500 mètres peut être dépassée
avec l’accord de la commune ou des communes intéressées ̈ (Code du
patrimoine L621-30-1).
(24) Les églises romanes de Corse – Ouvrage de librairie en 2 volu-
mes par Madame Geneviève Moracchini-Mazel, édité chez Klincksieck,
Paris 1967.
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