Un cours d'eau surexploité
Avec l’aménagement, le Rizzanese se trouverait surexploité jusqu’aux dernières limites autorisées. Or la réglementation aurait dû permettre de maintenir la vie des espèces dans la rivière (15).
Tout ce qui dépasse la capacité de turbinage de 15 m3 par seconde ne peut pas être retenu et se déverserait sans utilisation possible, lors des crues, car le bassin serait vite rempli. Les riverains savent bien que le Rizzanese garde, en toute saison, un débit à peu près constant qui n’évolue qu’au moment des orages, où il se traduit en petites ou en grosses crues. Ce sont ces crues qui constituent, pour les statistiques, l’essentiel des apports.
Les chiffres moyens établis chaque mois ne peuvent pas rendre compte de la réalité des crues qui sont irrégulières d’un jour à l’autre et d’une heure à la suivante. Les moyennes mensuelles de la DIREN, sur lesquelles EDF se base, ne seraient valables que si le lac de retenue stockait un mois entier de précipitations. Il faudrait pour cela un réservoir dix fois plus grand que le bassin actuel.
D’après les débits analysés par EDF, une crue décennale (345 m3 par seconde) suffit à remplir le barrage en une heure. Pour peu qu’elle dure 84 heures, elle équivaut au volume d’une année “normale” (104.700.000 m3).
EDF a déduit que l’on disposait de ces 104,7 hm3 par an. Ce sont les apports annuels moyens au barrage. Mais ces apports sont le fait, pour la plus grande part, de crues inexploitables. Cela veut bien dire qu’EDF va surexploiter en revanche le débit habituel.
Les conclusions sont évidentes à partir de la réglementation : d’abord la rivière ne pourra pas fournir autant d’eau (ni autant d’électricité) qu’EDF pouvait en attendre. Ensuite, le Rizzanese va être un cours d’eau "mort". Les poissons et les autres organismes qui y vivent habituellement ne pourront plus se maintenir (16).
L’aménagement comporte en effet la dérivation du cours d’eau en galerie souterraine, sur 12 kilomètres, au détriment du lit naturel... et au détriment des espèces comme les poissons qui y vivent.
La quantité d’eau dérivée vise le turbinage annuel de 84 hm3 pour produire 80,6 GWh par an. C’est l’équivalent d’un détournement permanent de 2.680 litres par seconde… Il faut ajouter à cela les débits prélevés et prioritaires pour la station d’eau potable qui est à Zoza (20 l/s, en permanence) ainsi que pour l’OEHC (17) qui prévoit de déverser de mai à octobre 1,6 hm3, ce qui correspond à un prélèvement annualisé de 50 l/s.
Donc, entre ces prélèvements prioritaires et le turbinage, le total enlevé au cours d’eau s’élèverait au minimum à 2.750 litres par seconde. Or dans une période de 35 ans, d’après les chiffres fournis par la DIREN pour les débits du cours d’eau (18), sur un total de 420 mois, il y a un déficit inquiétant, bien inférieur à 3.000 l/s pendant 269 mois. Soit près de deux moyennes mensuelles sur trois, c’est-à-dire les 2/3 ! Cela veut bien dire que le cours d’eau est virtuellement mort. Quant aux crues, qui ont été prises en compte dans les statistiques, elles s’écouleraient pour la plus grande part en pure perte pour l’électricité ou pour tout autre usage.
Les crues qui sont “inexploitables“ et qui constituent l’essentiel des apports annuels, finiraient souvent en surverses épisodiques. L’évaporation et les infiltrations dans le sol, réduiraient encore le cours d’eau. Leurs effets seraient considérablement accrus du fait de la diminution de l’humidité ambiante.
On peut constater le résultat avec le barrage de Sampolo sur le Fiumorbo. C’est maintenant un fleuve mort dans une vallée qui était autrefois célèbre, “le défilé de l’Inzecca“. De manière comparable l’aménagement du Rizzanese offre un intérêt public faible, mais ses inconvénients sont très lourds.
A l’occasion des crues importantes, les blocs et les galets seraient piégés par centaines de tonnes dans le lac artificiel. La production d’électricité en serait affectée et serait compromise. Le mouvement permanent des débits solides vers la mer (les sables) serait partiellement stoppé en amont du barrage, avec un risque majeur de déficit à terme pour la grande plage de l’embouchure.
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