La beauté sacrifié
Pour l’électricité, on a sacrifié une bonne vingtaine de cascades de un à douze mètres où de petits lacs se sont formés, comme des piscines naturelles, au fond des gorges.
Les paysages, les sites pittoresques, les vestiges archéologiques vont être gravement détériorés. L’environnement de l’église Saint-Jean Baptiste, Monument Historique d’époque romane, est déjà complètement défiguré.
Il faut regarder la Corse avec la capacité de l’émerveillement. Ici, on se sent interpellé sans cesse, soit au plan de la nature et de l’écologie, soit à propos des sites culturels et archéologiques. Car cette vallée est d’une richesse exceptionnelle.
Dans la section de Zoza, qui est court-circuitée, on verrait une prolifération de moustiques sur une grande partie du cours d’eau devenu marécageux. L’écoulement ne peut qu’être bien réduit en surface (7). La modification des écosystèmes est inévitable. Certains dégâts seraient irréversibles. Or, dans l’intérêt général, la protection de la nature s’impose (8). Le Code de l’Environnement donne les dispositions à respecter. Ici, elles ont été méconnues (9).

Pour apprécier le caractère de ce cours d’eau sauvage, les pratiquants de canoë-kayak sont bien placés, car ils comparent les sites au plan national, à l’échelon européen ou au niveau mondial.
L’un d’eux, François Cirotteau, avait réalisé un reportage pour le magazine VSD (10) : “Le Rizzanese est un des plus beaux torrents… Pas seulement à cause de ses eaux claires et de la magnificence du paysage. Mais aussi du fait de ses courants, de ses chutes, de ses “étroits“, de sa formidable dénivelée“.
Un autre passionné, l’Allemand Josef Haas, a écrit dans un livre intitulé La Corse - Un Paradis de l’Eau Vive (11) : “Pour moi qui ai une expérience de 25 années, il n’existe aucun torrent pouvant rivaliser avec le Rizzanese. Ce roi de toutes les eaux sauvageonnes corses n’a été jusqu’à présent que rarement conquis de sa source au pont génois, le plus beau de Corse“.
Son récit est un témoignage de l’émerveillement d’un sportif étranger : “La poursuite de la descente jusqu’à l’embouchure dans le golfe, avec une très belle plage de sable, peut conclure une aventure inoubliable sur la plus belle des eaux vives corses… Le tout dans un cadre tellement romantique et sauvage qu’il est difficile de se le représenter. Presque secrètement, la rivière nous a éloignés des dernières traces de civilisation et nous nous sommes enfoncés dans la nature sauvage, vierge, fleurissante et odorante de la Corse. Jusqu’au point de débarquement vers la D20 (12), nous n’allons découvrir que de lointaines traces d’interventions humaines, dans ce paradis qui, j’espère, ne sera jamais perdu“.
C’en sera fini de cette rivière, à force de la “mettre en valeur“ avec la “touche de modernité“ des installations, comme dit EDF. On ne rendra pas leur caractère enchanteur aux paysages sauvages. Le démantèlement d’un barrage millénaire n’est pas pensable. Meurtrie à un certain degré, la nature n’est plus renouvelable.
Le caractère médiocre du projet a échappé aux responsables de la décision d’aménagement. L’intérêt illusoire d’une production énergétique faible et aléatoire, ne justifie pas le sacrifice de ce site. On n’a pas vu ce que représente le cours d’eau en termes de nature et de relation de l’homme à la nature. On n’a pas mesuré le dommage pour nos enfants et pour leurs descendants.
La nécessité se fait ressentir de plus en plus de disposer de milieux naturels, comme cette vallée du Rizzanese, sans qu’on vienne les détériorer. Ce barrage, à portée définitive, entraîne un coût très élevé pour la nature et pour la société, dans le contexte actuel et dans l’avenir prévisible.
L’eau courante disparaîtrait presque totalement par endroits, ainsi que les cascades et les petits lacs. Après quelques crues, on verrait le rétrécissement de la plage, du fait de l’érosion marine.
Les zones accessibles et autorisées seraient de plus en plus limitées. Barrières, interdictions, pancartes se multiplieraient. Le béton et le goudron se développeraient sans apport économique durable et sans présence humaine.
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