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I. Un aménagement illusoire
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Un barrage pour l'agriculture, un mythe
Les avantages économiques du barrage ont été largement surestimés, aussi bien pour la phase initiale du chantier, lors de la construction, qu’une fois l’aménagement en fonction.
En particulier, aucune justification agricole ne peut être donnée au projet, contrairement à ce qui a été annoncé. Les volumes d’eau agricole, mis en avant par EDF dès mars 1998, lors de la conférence administrative, étaient alors clairement amenés à la centrale électrique dans la plaine de Levu. Ils y étaient turbinés puis ensuite relâchés au niveau du bassin de démodulation (19).
On disait que c’était un “cadeau“ pour les agriculteurs. Ce cadeau consistait à mettre à leur disposition un volume d’eau de 1,6 hm3 en été. Or la nature offre depuis toujours en toute liberté, 38.630.000 m3 (38,63 hm3), avec le Rizzanese, la Culiccia et le Chiuvone, au même endroit, au-dessus de la cote 116 NGF et pour la même période de l’année (20). C’est à dire que la nature offre 24 fois plus que ce que propose EDF, et cela sans aucun aménagement et tout à fait gratuitement.
Ce qu’a dit ensuite EDF, en 2003, c’est que l’eau à la disposition des agriculteurs leur serait livrée à une altitude bien plus élevée. Très exactement au départ de la conduite forcée ! Or la duperie que constitue cette proposition saugrenue en faveur de l’agriculture reste inchangée. La mise à disposition d’eau à la cote 470, au lieu de la cote 116, ne peut pas favoriser l’agriculture car il n’est pas réaliste de faire de l’agriculture dans une pente supérieure à 12 %. En fait, elle est de 30 %. Les rares cultures imaginables sont la vigne (qu’il est interdit d’arroser), les oliviers (qu’on recommande de ne pas arroser pour la qualité de l’huile) ou encore les petits jardins en terrasses, pour lesquels Sainte-Lucie de Tallano et ses hameaux de Saint-André et de Poggio, disposent déjà d’un ruisseau et de plusieurs réservoirs. A partir de la vanne de tête de l’aménagement, la pente est aussi raide que possible, avec une dénivellation de 346 mètres jusqu’à l’usine, de la cote 470 à la cote 124. En effet la conduite forcée, sur une longueur de 1.246 mètres, est disposée sur la plus forte pente pour optimiser la chute hydroélectrique. L’agriculture n’y est pas envisageable.
Par la suite, EDF a parlé d’eau domestique et a même signé un protocole à cet effet. Cette idée que l’on assimile souvent avec “l’eau potable“, est encore plus exigeante. Elle implique que l’eau soit buvable, mais aussi qu’elle ait des qualités physico-chimiques pour éviter les affections physiologiques de la respiration ou de la peau (légionellose, dermites).
Les conclusions d’EDF sont étonnantes. On ne parle plus des agriculteurs. On oublie les propositions saugrenues attribuées au préfet de Corse (21). EDF se réfère maintenant aux projets de l’OEHC, de l’Office Hydraulique. On ne sait plus trop à qui attribuer la duperie sur les volumes d’eau naturels avec cette offre ridicule : “Pour satisfaire les besoins agricoles exprimés par l’Office d’Equipement Hydraulique de la Corse (OEHC), un volume d’eau annuel de 1,6 hm3 pourra être prélevé dans la retenue de mai à octobre. A ce stade du projet, le détail de la nature des usages agricoles ou des cultures à irriguer n’est pas connu“.
Ainsi on est maintenant au XXIè siècle et on ne connaît toujours pas la nature des usages agricoles ni les cultures à irriguer. Le projet est prévu depuis vingt ans. Le volet hydraulique est cité depuis mars 1996. Et on ne sait toujours rien de ce besoin !
Ce volet hydraulique est devenu une partie intégrante de l’aménagement. On se demande si les agriculteurs sont nombreux. Sur place, beaucoup en doutent. Les questions qu’on a pu poser aux quelques exploitants de la vallée, n’ont suscité que scepticisme.
Qui sont ces agriculteurs et quels hectares va-t-on cultiver avec cette eau apportée non pas par la nature mais par la conduite forcée ? Quelles seront les nouvelles cultures et la plus value ? Quelle garantie a-t-on par rapport à la production actuelle et quelle assurance pour une commercialisation valable ? Poser ces questions, c’est mettre le doigt sur la supercherie.
On constate que l’aménagement du Rizzanese, au lieu de favoriser l’approvisionnement en “eau domestique“, constitue une menace précise pour les sources locales (les émergences) que la population des villages utilise.
En effet l’étude d’impact d’EDF dit le risque qu’il y a pour le maintien des sources : “Sur le versant Sud Est du Monte Grossu, on note l’existence de nombreuses émergences plus ou moins diffuses comprises entre 800 et 850 m d’altitude… En fait, 3 communes pourraient avoir leurs émergences affectées par le creusement de la galerie : Zoza, Altagene, Levie“ ! Bref, les travaux du tunnel feraient disparaître plusieurs sources. La mystification de l’eau pour les agriculteurs ne les remplacerait pas !
La quantité d’eau dérivée vise le turbinage annuel de 84 hm3 pour produire 80,6 GWh par an. C’est l’équivalent d’un détournement permanent de 2.680 litres par seconde… Il faut ajouter à cela les débits prélevés et prioritaires pour la station d’eau potable qui est à Zoza (20 l/s, en permanence) ainsi que pour l’OEHC (17) qui prévoit de déverser de mai à octobre 1,6 hm3, ce qui correspond à un prélèvement annualisé de 50 l/s.
Donc, entre ces prélèvements prioritaires et le turbinage, le total enlevé au cours d’eau s’élèverait au minimum à 2.750 litres par seconde. Or dans une période de 35 ans, d’après les chiffres fournis par la DIREN pour les débits du cours d’eau (18), sur un total de 420 mois, il y a un déficit inquiétant, bien inférieur à 3.000 l/s pendant 269 mois. Soit près de deux moyennes mensuelles sur trois, c’est-à-dire les 2/3 ! Cela veut bien dire que le cours d’eau est virtuellement mort. Quant aux crues, qui ont été prises en compte dans les statistiques, elles s’écouleraient pour la plus grande part en pure perte pour l’électricité ou pour tout autre usage.
Les crues qui sont “inexploitables“ et qui constituent l’essentiel des apports annuels, finiraient souvent en surverses épisodiques. L’évaporation et les infiltrations dans le sol, réduiraient encore le cours d’eau. Leurs effets seraient considérablement accrus du fait de la diminution de l’humidité ambiante.
On peut constater le résultat avec le barrage de Sampolo sur le Fiumorbo. C’est maintenant un fleuve mort dans une vallée qui était autrefois célèbre, “le défilé de l’Inzecca“. De manière comparable l’aménagement du Rizzanese offre un intérêt public faible, mais ses inconvénients sont très lourds.
A l’occasion des crues importantes, les blocs et les galets seraient piégés par centaines de tonnes dans le lac artificiel. La production d’électricité en serait affectée et serait compromise. Le mouvement permanent des débits solides vers la mer (les sables) serait partiellement stoppé en amont du barrage, avec un risque majeur de déficit à terme pour la grande plage de l’embouchure.
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