Sommaire

Notes

Le barrage de Zoza

La beauté sacrifiée

Un torrent qui part en crues à la mer

Un cours d'eau surexploité

Un barrage pour l'agriculture, un mythe

ART et Archéologie

 

Art et archéologie

 

De Cucuruzzu à San-Ghjuvani Battista
   Les sites archéologiques sont nombreux et célèbres près du Rizzanese. Les plus connus sont Cucuruzzu (22) et Capula, à proximité du barrage. EDF doit creuser là le tunnel de dérivation. Les vestiges préhistoriques qui jouxtent le lac artificiel ne sont guère pris en compte par l’étude d’impact d’EDF.
   Dans toute la Corse, le nombre de sites répertoriés s’est fortement accru ces dernières années, mais rien ne s’est passé aux alentours de l’aménagement. Depuis près de vingt ans, rien n’y aurait été découvert !

Saint Jean-Baptiste

   On peut penser qu’on n’a rien voulu y trouver! Le patrimoine archéologique est en partie compromis. Les sites qui ne sont pas inventoriés sont voués à l’anéantissement. Si l’on noie les vestiges archéologiques enfouis près des ouvrages et de la conduite de dérivation, personne ne pourra les reconstituer. Aucune investigation sérieuse n’a été faite. Mais on sait que ces vestiges y sont abondants et remarquables. Tout le secteur était protégé.
   La Commission d’Enquête Publique a fourni là un faux rapport qui a permis le massacre de ce secteur sauvegardé. Avec Cucuruzzu, il s’agit du patrimoine mondial de l’Humanité, au milieu du secteur protégé. La préfecture a accueilli le document falsifié comme s’il émanait de la consultation du public.
   Le Conseil d’Etat s’est contenté d’excuser cette falsification (65). Au moment où commençaient les travaux de construction, la préfecture a déclenché un arrêté de recherche archéologique qui a toutes les allures d’un arrêté alibi… Rien ne pouvait sortir de cette procédure artificielle, et rien n’en est sorti.

   A l’autre bout du tunnel, l’église romane Saint-Jean Baptiste, date du XIIè siècle. Elle aussi est classée “Monument Historique“. Là, EDF a placé la conduite forcée, la grande zone de dépôt ainsi que l’usine électrique. La conduite forcée devait descendre à l’aplomb de l’église. EDF a bien voulu la décaler de quelques mètres et l’enterrer sur quelques dizaines de mètres.
   Ce n’est pas ce qu’impose la Loi, qui exige un périmètre de protection de 500 mètres au minimum, pour préserver la visibilité des monuments historiques. Mais, comme pour le reste, la réglementation n’a pas été respectée (23).
   Près de l’église Saint-Jean Baptiste, le secteur est riche sur le plan archéologique, selon le relevé de 1967 de Madame Moracchini-Mazel (24). Son livre sur les églises romanes, montre que l’endroit était habité à l’époque latine, et même avant, avec une église préromane : “Une fouille archéologique bien menée aurait des chances de révéler une superposition de monuments intéressants... voire un lieu de culte païen. Ce serait alors d’un intérêt capital car nous ignorons tout jusqu’ici des cultes pratiqués dans l’intérieur de l’île par les populations corso-romaines au temps de l’Empire ; puis un sanctuaire paléochrétien peut-être, et une église préromane.“ (Les églises romanes de Corse, volume II page 378).
   Mais les travaux d’EDF saccagent actuellement ce secteur. L’église romane Saint-Jean Baptiste, Monument Historique du XIIè siècle à Poggio di Tallano porterait au-dessus et au-dessous d’elle, la conduite forcée d’EDF, comme une chaîne en pendentif.
   Avec les bulldozers, les vestiges sont voués à l’anéantissement. Le secteur était habité dans l’Antiquité ; il s’appelle Lucarucciu : en latin vulgaire, c’est le “petit bois sacré“.
   L’option iconoclaste de l’aménagement s’appuie sur une certaine méconnaissance de la part de la population locale sur la vraie richesse de la Corse et sur la grande face cachée de ce dossier du Rizzanese que nous nous efforçons d’entrouvrir.
   Dans la micro région, le milieu humain est un milieu économique et social fragile. Il peut être déstabilisé et déstructuré avec la perspective illusoire de cet aménagement pseudo industriel qui a fait rêver les gens, au beau milieu du Parc Naturel de Corse qu’EDF semble ignorer.

         On ne peut pas s’empêcher d’évoquer ce qui s’est passé naguère chez les Indiens des Etats Unis d’Amérique du Nord. Ils avaient survécu pendant plusieurs siècles dans leurs réserves. Mais, vers la fin du XIXè siècle, quand il s’est agi de conquérir le far-west et de créer des lignes de chemin de fer transcontinentales, les Indiens ont participé au sacrifice de leurs richesses traditionnelles et ils ont largement contribué à l’extermination des bisons qui a immortalisé Buffalo Bill. La tragédie a fini de façon burlesque sur la scène des théâtres d’Europe et d’Amérique, mais une partie originelle de l’Amérique a disparu avec les bisons.

 

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