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Entretiens avec Corse-Matin sur le Rizzanese

1. Création de l’association – motivations et buts

Au début de 98, quand le dossier d’EDF sur le projet de barrage du Rizzanese a été diffusé dans les mairies, une équipe bénévole et pluridisciplinaire s’est constituée de proche en proche pour l’étudier attentivement. L’analyse a fait ressortir alors pas mal d’éléments aberrants sur ce projet.

Sur ces bases, un petit groupe de personnes se sont concertées autour du fleuve durant l’été pour se constituer en association. C’est ainsi que l’ADRE a été créée au mois d’août 1998. A la suite d’une réunion publique dont la Presse a rendu compte, l'association a reçu le concours discret de pas mal de personnes des alentours.

L’association s’est donné comme but d’abord d’obtenir le renoncement à ce barrage. Au-delà de cet objectif, nous avons le projet d’étudier et de proposer des solutions concrètes pour aider au développement des environs du Rizzanese. Bien entendu il faut que ce soit dans l’intérêt des habitants et dans le respect de l’environnement.

2. Pourquoi sommes-nous hostiles à ce projet de barrage ?

Plusieurs d’entre nous ont travaillé pendant des années sous différentes  formes en faveur du développement culturel et économique de la Corse. Or nous avons constaté qu’avec un tel projet de barrage, non seulement pratiquement aucun des objectifs escomptés ne serait atteint, mais encore que les travaux, s’ils étaient entrepris, apporteraient des inconvénients importants pour les habitants et pour l’environnement.

La microrégion perdrait la plupart de ses atouts économiques et touristiques. Les sites dont le caractère naturel fait l’admiration générale seraient défigurés. Il est illusoire de penser que des sites naturels ou historiques peuvent être reconstitués après de grands travaux qui les auront abîmés.

Les travaux envisagés ne peuvent pas être réalisés par des entreprises locales, EDF le reconnaît. Elles auront les miettes sur des travaux de génie civil (comme les routes) qui de toute façon méritent d’être réalisés. Durant l’été on a visité plusieurs barrages et on a constaté partout la détérioration des sites, les promesses non tenues, comme à Sampolo, la désertification après les chantiers et les déceptions pour les indemnités.

3. Retombées fiscales

Il ne peut y avoir de retombées fiscales sérieuses. La Corse a le statut de « zone franche ». Or la réglementation qui caractérise les zones franches c’est l’exonération de charges et de taxes pour les activités nouvelles et les entreprises qui viennent s’installer. Et dans les cas où l’Etat compense alors le manque à gagner fiscal pour les collectivités locales, c’est sur la base des taxations préexistantes. Pour le barrage, ça ne peut pas jouer.

En ce qui concerne spécialement la taxe professionnelle, les médias ont largement annoncé que dès l’an prochain, sur tout le territoire français, la part salariale sera supprimée. A moyen terme, on ne voit pas comment cette taxe, qu’on accuse d’être antiéconomique, pourrait subsister dans le cadre de l’harmonisation fiscale européenne.

Pour financer et développer sans trop de difficultés son projet, EDF demande qu’il soit déclaré d’intérêt public. Or il est utopique de penser qu’un projet déclaré « d’intérêt général » puisse ensuite ne pas demander et obtenir des exonérations au titre de ce statut. Il ne faut pas rêver de vache à lait et vouloir à la fois le beurre et l’argent du beurre.

3. Quelles sont nos actions ?

Pendant six mois nous avons étudié le projet d’EDF. Nous ne l’avons pas lu en oblique mais nous l’avons analysé sérieusement. Pour les questions importantes, par exemple la géologie, l’agriculture, les emplois, les taxes, les sites, la pêche, la flore, le tourisme, nous avons sollicité l’assistance de spécialistes qui nous ont donné leur avis. Certains ont parcouru la vallée en recueillant des échantillons et des photos. Nous avons établi avec eux un diagnostic du projet et nous en avons rédigé une synthèse.

Nos premières actions à la suite de cette réflexion approfondie consistent à informer. Nous avons donc fait une réunion publique. Puis nous avons publié un livre, avec l’éditeur L’Harmattan. Cet ouvrage Barrage sur le Rizzanese est maintenant disponible dans les principales librairies de Corse et sur le continent. Et on peut également le consulter sur le site Internet de l’ADRE : « www.multimania.com/adre ».

Nous avons diffusé notre publication auprès des décideurs et des médias. Nous avons voulu informer l’opinion publique à travers la presse, la radio, la télévision ainsi que la distribution de documents dans les boîtes aux lettres. Ce travail commence à porter ses fruits. Une partie de la population est maintenant bien au courant des modalités de ce projet dont on ne parlait pas comme si c’était un sujet tabou.

4. Propositions alternatives

On ne peut croire qu’un tel projet soit le seul projet de développement économique pour la région, d’autant qu’il ne s’agit pas vraiment de développement mais d’agitation stérile et coûteuse à bien des points de vue.

Sans vouloir sortir des solutions alternatives d’un chapeau de magicien, l’ADRE peut déjà suggérer quelques pistes de réflexion. Au moins elles auront le mérite d’aider la population, particulièrement les jeunes, à se projeter dans l’avenir plutôt que d’inciter à attendre le docteur miracle.

Pour la vallée d’abord, comme on a vu, surtout la saison dernière, que des milliers de Corses et de touristes se sont répandus dans les montagnes et aux bords du fleuve, suggérons de mieux organiser à l’avenir leur séjour de découverte et de promenade. Il y a déjà là beaucoup à faire. Et soyons prêts à étendre les prestations d’accueil tout au long d’une saison de plus en plus longue.

Dans le Tallanais, on vient de relancer la culture de l’olivier. Or il y a eu une époque où le vin de Tallano était spécialement recherché à Rome et à la table des papes. A-t-on étudié la restauration de la vigne pour du vin de qualité ? Il y aurait là des emplois à créer et un vrai développement. Et outre le vin, il y a d’autres productions à haute valeur ajoutée. Cédratiers ? Amandiers ? Les Israéliens se sont bien mis à faire du foie gras…

Pour les ressources des collectivités locales, il y a sans doute lieu de constituer d’importants dossiers de demandes de subventions en particulier auprès de la Commission Européenne. Trop souvent bien des crédits existent et ne sont pas utilisés. Mais il ne faut pas croire que ces crédits seront donnés à discrétion avec des dossiers plus ou moins « bidon ».

Pour EDF, on ne saurait nous faire croire que les pylônes et les lignes à haute, moyenne et basse tension qui traversent toutes les vallées et nos villages du Nord au sud, de droite à gauche et d’est en ouest comme autant de toiles d’araignées, habillent le paysage avec leur design architectural. S’il y a un investissement judicieux, ce serait celui d’enterrer tout ça. Et si c’est prévu dans le futur, eh bien rapprochons le futur. Pour un milliard quatre-vingt-cinq millions de francs (c’est le coût prévu du barrage), il y a à faire et les entreprises locales travailleront utilement.

Pour la production d’énergie, on parle beaucoup d’énergies renouvelables et c’est avec raison. Nous avons du bois en abondance par ici et on peut l’exploiter raisonnablement. Nous avons du soleil presque partout, il est gratuit et il ne pollue pas. Nous avons du vent plus qu’il n’en faut et on peut aussi l’exploiter, avec discernement. La Corse peut être plus qu’une vitrine en ce domaine et notre région également.

Cependant il est vrai que nous avons interpellé les Conseillers de la Collectivité Territoriale à propos de la politique hydraulique et plus généralement de la politique énergétique. Certes c’est un autre débat et il dépasse l’objet de l’ADRE. Mais la question méritait d’être posée. Si demain nous devons payer notre énergie au vrai prix, comment ferons-nous ?

 

En conclusion, l’ADRE a été constituée quand il le fallait pour poser de vrais problèmes et, par la suite, pour aider à bâtir de bonnes solutions. Nous avons reçu des témoignages de soutien au-delà de ce que nous espérions. C’est le cas au niveau de la pêche et de la protection de la nature, ou bien de la part de personnalités dans le domaine du patrimoine, ou encore d’industriels du tourisme dont des emplois locaux sont menacés par ce projet de barrage.

Nous sommes optimistes pour le salut de la vallée au moment où s’ouvre la phase de l’enquête publique. C’est maintenant à la population de s’exprimer sur un projet qui impacte son avenir et celui de nos enfants.

 

 

 

 

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