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La bataille du Rizzanese

La revue TOS a déjà consacré plusieurs articles au projet de barrage sur le Rizzanese, en Corse, qui vient de donner lieu en octobre dernier à un combat sans merci au tribunal administratif de Bastia.

L'association de défense, l'ADRE, avait déposé un recours contre l'arrêté du préfet Lacroix (successeur du préfet Bonnet) qui déclarait d'utilité publique le projet d'aménagement du Rizzanese.

Le T.A. de Bastia a annulé l' arrêté préfectoral.

L'instruction avait été considérable, avec plus de dix kilos de pièces déposées et des échanges de mémoires jusqu'aux derniers jours, l'association affrontant EDF, le préfet et la commune de Levie.

Le préfet avait mobilisé plusieurs services, le maire de Levie avait pris un avocat spécialisé et EDF avait trois avocats dont un grand ténor qui avait plaidé lors de la construction des grands ouvrages sur la Durance et sur le Verdon.

L'avocate de l'ADRE, Me Rosa Prosperi, surtout connue pour la défense de nationalistes au pénal,  a plaidé brièvement mais efficacement la cause de l'association en faisant ressortir son combat disproportionné contre le géant EDF. Elle a attesté la vision éclairée et désintéressée des dirigeants de l'ADRE et elle a souligné que si les conclusions de la commission d'enquête publique étaient confuses, c'était parce que les commissaires enquêteurs sentaient bien que le projet avait en définitive un très mauvais bilan "coût / avantages".

C'est, en fin de compte, l'argument que le tribunal a retenu, en soulignant que l'avis favorable qu'avait donné la commission était insuffisamment motivé, alors que les avis personnels des commissaires enquêteurs étaient contradictoires.

En Corse, la décision a fait l'effet d'une bombe.

La stupéfaction a été d'autant plus grande qu'à l'audience le commissaire du gouvernement - dont les conclusions sont presque toujours suivies par le tribunal - avait dressé un long réquisitoire contre l'important dossier de l'association en réfutant tous ses arguments et il avait conclu au rejet des requêtes. La Presse, la télé, la radio, convoquées pour l'audience, en avaient pris acte.

Les premières réactions ont été très confuses et on ne savait même pas déchiffrer si l'association avait eu gain de cause. Puis on a dit qu'il y avait un petit problème de forme et que le dossier était un petit peu retardé. Enfin les politiciens et certains médias se sont déchaînés :  M. José Rossi, à la présidence de l'assemblée territoriale de Corse, s'est publiquement indigné de la décision du tribunal donnant gain de cause à une petite association. D'après ce que l'on a entendu, il était scandaleux que, pour défendre des intérêts privés douteux (?), des pékins (sic) puissent faire échec à un projet d'intérêt général.

Cette foucade est d'autant énorme qu'on sait que c'est ce même M. Rossi, lorsqu'il était ministre de l'industrie, qui avait imposé à EDF de développer ce projet. Le barrage du Rizzanese n'offrait vraiment des avantages que pour les politiciens et les affairistes qui voyaient là une perspective de grands travaux susceptibles de faire circuler plus de cent milliards de centimes…

La bataille à laquelle nous venons d'assister va-t-elle mettre un terme à ce projet à scandale ?

Jean-Pierre Comiti
Journaliste

 

 

 

 

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