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Acharnement politique autour d’un projet hydroélectrique aberrant en Corse-du-Sud sur le fleuve côtier Rizzanese.

En apparence, l’édification de ce barrage par le ministère délégué à Industrie a pour objet la réduction du déficit énergétique de l’île dont l’apport est évalué par EDF à 83 Mégas Watt / an. Cependant que d’autres ressources susceptibles de résoudre la question sont écartées ; la solution au gaz  par un gazoduc reliant l’Algérie, la Sardaigne et l’Italie ou encore celle du gaz provenant du continent. Seule la solution au fioul lourd est retenue dans ce projet pour valoriser l’hydroélectricité projetée.
Selon le ministère, le prix du KWh au pied de la centrale hydroélectrique serait inférieur de 10 % à celui d’une centrale thermique. La solution hydraulique retient encore l’attention du gouvernement parce que ce moyen de production énergétique réduirait le CO²  global émis par les centrales au fioul lourd d’Ajaccio et de Bastia puisqu’elles seraient moins sollicitées. Et que cette énergie serait aussi renouvelable.
Le barrage serait édifié en amont, sur une gorge fracturée dont il est dit que la sécurité, des biens et des personnes d’une communauté villageoise, des usagés du fleuve et à l’embouchure, la plage abondamment fréquentée l’été, sera assurée par les études du Comité Technique Permanent des Barrages. La retenue des sédiments par le barrage ne perturberait pas le trait de côte et la plage qu’il limite. Enfin l’agriculture se verrait pourvue de l’eau qui lui fait défaut pendant la période déficitaire.

 

L’Association pour la Défense du Rizzanese et de son Environnement – ADRE – s’est constituée contre ce projet, non seulement pour préserver mais, surtout pour valoriser cette nature qui fait envi et qui attire beaucoup de personnes qui viennent même de très loin pour se ressourcer dans un cadre grandiose. Elle s’est constituée pour la nature et pour son utilisation économique dans la durée sans qu’elle soit lésée, contre une économie dans laquelle la Corse est positivement assistée, c’est le corollaire de notre démarche.
Le projet du gouvernement n’est pas satisfaisant parce qu’il est destructif et anti-économique :

  1. le prix du KWh n’a été réévalué depuis 10 ans. De plus ce prix a été calculé par EDF sur l’hypothèse improbable d’une hydraulicité fonctionnant à plein régime chaque année pour produire les 83 mégaWatts théoriques
  2. lorsque l’on reprend les propres chiffres d’EDF concernant le coût du KWh au pied de la centrale projetée nous calculons qu’il serait au moins 3 fois supérieur à celui que nous payons à nos compteurs
  3. par ailleurs on n’a le souvenir que les projets calamiteux des centrales thermiques au fioul étaient déjà ceux d’EDF. De la même façon que ce projet hydroélectrique est encore mené par EDF avec pour argumentaire la réduction des atteintes à la qualité de l’air, y compris ceux qui produisent l’effet de serre justement par à la mise en service de ce projet de centrale hydroélectrique
  4. on sait que le piégeage des matériaux solides entraîne le recul des plages jusqu’à leur disparition, que ce déficit de matériaux sera d’autant plus grave que le niveau de la mer est appelé  à augmenter à l’avenir
  5. que le recul de la plage hypothèquera le fond de commerce de l’industrie touristique de la micro-région. Qu’il hypothèquera également les ressources en eaux de la nappe phréatique puisque le bec salé reculera et contaminera cette dernière. Qu’il perturbera l’écologie notamment d’une plante rarissime l’Anchusa crispa Viv. au risque qu’elle disparaisse alors qu’elle est inscrite au patrimoine mondial
  6. que contrairement à ce que le gouvernement fait savoir, les retenues d’eau en amont des barrages dégagent des polluants tels que le dioxyde de carbones (CO²) et du méthane responsables tous deux de l’effet de serre et contre lequel le barrage est censé lutter. Or ce n’est pas EDF qui dira le contraire, lui qui est impliqué dans une recherche sur ce sujet à propos du barrage de Petit Saut en Guyane française. Certes le climat méditerranéen n’est pas celui des régions équatoriales, mais sous notre climat méditerranéen les températures sont élevées dès le printemps et jusqu’à l’automne favorisant la minéralisation de la matière organique et de là les dégazages précités
  7. que l’agriculture telle que l’EDF ou la Communauté Territoriale Corse (CTC) l’imagine n’existe pas. Que la nature pourvoit en eau beaucoup plus (8 millions de m3) que ce qu’il lui serait dévolu par le barrage, s’il était réalisé (1.6 Millions de m3)
  8. l’eau pour l’alimentation que le barrage devrait semble-t-il également produire est encore illusoire puisqu’elle serait impropre à la consommation. Et pas seulement parce que les communes en amont rejettent directement leurs eaux usées dans les rivières, mais à cause encore de la minéralisation de la matière organique. Il faudrait ensuite réaliser une usine de traitement pour la rendre buvable. Un potable que d’ailleurs beaucoup de personnes préfèrent trouver dans l’eau de source vendue en bouteilles, les choses étant ce qu’elles sont
  9. cette eau existe depuis des temps immémoriaux dans le bassin versant de ce fleuve côtier ou les résurgences sont nombreuses et d’excellente qualité, mais dont nombre d’entre-elles pourraient s’assécher du fait du forage des tunnels
  10. en Méditerranée on sait que les eaux stagnantes sont le vecteur de l’anophèle responsable de la malaria et que les moustiques pulluleront dans cette eau stagnante
  11. qu’en sera-t-il des poissons et autres représentants endémiques de la vie aquatique…
  12. destructeur du fleuve qu’on ne pourra plus parcourir, à pied, en canoë, dans lequel on ne pourra plus se rafraîchir, se retrouver pour la baignade, pour les repas. La fin de toute une vie sociale autour d’une richesse si rare sur les bords de la Méditerranée…

Alors qu’est-ce qui pousse le gouvernement à promouvoir ce projet catastrophique pour la vie, pour la vie en général, pour cette richesse que nous sert l’environnement ? Les intérêts de quelques-uns uns. Entreprises du BTP en Corse qui sous-traiteront de menus travaux. Les grands travaux seront laissés aux entreprises internationales spécialisées dans ce type de réalisation. Les retombées aux petites communes sous les formes de taxes dont la pérennité n’est pas assurée. A EDF qui pourrait obtenir de façon détournée des crédits européens auxquels elle ne peut légalement prétendre. Au gouvernement d’acheter la paix électorale.

L’ADRE n’a eu de cesse d’éclairer l’opinion publique sur ce projet qui n’est bon pour personne. Elle s’est pourvue en Justice contre les arrêtés du préfet de Corse-du-Sud qui déclarait le projet de barrage d’utilité publique et auquel était associé un règlement d’eau. Elle a obtenu leur annulation devant le tribunal administratif de Bastia en 2000 et 2001. Il n’y a pas eu appel du jugement.
En 2002 sous la pression des élus locaux le projet est relancé. Après l’enquête publique de 2003, bien qu’assortit de réserves un avis favorable au barrage est donné. Le préfet n’a cette fois pas pris d’arrêté pour préférer transmettre le dossier au gouvernement qui a pris un décret favorable au projet de barrage en date du 8/10/2004 et paru au Journal Officiel le 9/10/2004.C’est contre ce décret que l’ADRE introduit une instance de recours auprès du Conseil d’Etat.
L’ADRE n’ignore pas que la demande énergétique est un facteur déterminant du développement économique, que cette demande progresse et qu’il faut la prévoir à l’avance pour maintenir le niveau de production. Mais elle n’ignora pas non plus qu’il n’y aura pas de choix économique possible en matière énergétique tant qu’une étude large, mesurant toutes les possibilités offertes par les différents modes de production énergétique n’aura pas été réalisée. Dès lors on ne peut dire avec le gouvernement et les collectivités territoriale et locales que le choix énergétique se réduit entre la production électrique des centrales au fioul lourd et des centrales hydroélectriques. Et que dans ce choix c’est la centrale hydroélectrique qui s’impose. Le désaccord avec eux porte aussi sur l’idée que si la réalisation d’un parc de centrale hydroélectrique remonte aux années 20, l’engagement de les réaliser en partie remonte aux années quatre-vingt et il faut tenir compte des progrès de la science et des nouvelles donnes économiques et politiques réalisées entre temps. Enfin, ne pas perdre de vue que l’on gouverne au nom du peuple, de l’intérêt général ou public et non contre lui, au prétexte des intérêts de quelques-uns.

Conscient des nouvelles difficultés que nous devront affronter pour le droit, à un environnement et à une économie durables et sans risque inutile, à l’expression du bon sens et à la juste compréhension de l’intérêt public, nous faisons appel à vôtre énergie pour nous soutenir en diffusant largement l’expression de nôtre lutte.

jm.grisoni@free.fr
ADRE, http://membres.lycos.fr/adre/

 

 

 

 

 

 

 

 

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