Préface de Nicolas Hulot

Avant Propos de Serge Orru

Introduction par Georges Mattei

I. Un aménagement illusoire

II. Une rivière sauvage

III. Cherchez la faille

IV. La genèse d’un dossier sulfureux

Notes

 

Le projet du barrage

" Le barrage de la honte " un livre de Georges Mattei éd. l'Harmattan

Construction de la route d'accès au futur site du barrage

   Le projet d’un barrage sur le Rizzanese ne date pas d’hier : il remonte aux années 30. Après des décennies de volte-face et d’hésitation, les travaux, commencés en 2007, devraient aboutir en 2012.  L’Association de Défense du Rizzanese, l’ADRE, a réussi à stopper le projet presque 10 ans.

   L’ADRE, ainsi qu’ une douzaine d’autres associations, ayant été déboutée par le Conseil d’Etat en novembre 2006, rien n’empêche plus les travaux du barrage de suivre leur cours ; collines et forêts sont balafrées par des saignées blanches, des pistes sont ouvertes dans la montagne un peu partout, pelleteuses et bulldozers sillonnent le maquis.
   Un vaste pan de forêt primitive, aux arbres pluri centenaires, protégé jusqu’ici, a été déclassé pour faciliter le chantier ; il sera rasé pour créer une zone de dépôt.  Entre deux bras du fleuve, une colline boisée, surmontée d’un gracieux chaos rocheux, doit être arasée, pour faciliter le passage de l’eau.
   On est impressionné par l’ampleur du projet, un bel ouvrage d’art, qu’on aimerait admirer ; dommage qu’il faille abîmer un tel site pour le réaliser.
   Le Rizzanese, dont une partie a déjà été détournée en altitude pour alimenter le barrage de l’Ospedale, va être court-circuité sur 12 kilomètres, - amputé de ses plus belles gorges, donc - et passera par un tunnel creusé à travers la montagne, abouché à  une conduite forcée, à Sainte-Lucie de Tallano. Il aboutira en bas à la centrale hydraulique et au bassin de démodulation, près de la chapelle romane St Jean Baptiste, classée monument historique.
   En dehors des dégâts irréversibles causés au site,  au fleuve et à sa faune protégée - truite macrostigma et tortue cistude - l’ADRE et le WWF signalent une autre menace : le barrage, en retenant environ 13 000 tonnes de  pierraille par an,  menacera à moyen terme la plage sud de Propriano. Depuis des millénaires, le Rizzanese érode des tonnes de sable d’origine granitique, drainé depuis les hauts sommets du massif de l’Incudine … On l’oublie souvent : sans fleuve, pas de plage, place au marécage, et c’est la fête aux moustiques.
   L’embouchure, site Natura 2000, abrite l’Anchusa Crispa, une plante endémique rare, très protégée .
   Le barrage du Rizzanese produira de l’électricité, mais il doit aussi stocker de l’eau pour l’irrigation, ce que ses défenseurs mettent en avant. Pour l’agriculture, il est prévu de donner 1.6 millions de m3 d’eau entre mai et octobre, afin de « garantir une disponibilité en eau agricole » pour le fourrage et l’élevage des vaches de la vallée de Sainte-Lucie de Tallano. Alors que, soulignent les adversaires du projet, la rivière apporte chaque année 40 millions de m3 qui pourraient être prélevées sans barrage : il suffit de plonger un tuyau en PVC dans la rivière.
   Il faudra bien trouver une solution aux très réel problème d’énergie au quel est confronté la Corse un peu plus chaque jour, la consommation de l’île augmente de 5% chaque année.
   Bien sûr la Corse a besoin d’électricité pour se développer, mais pas à n’importe quel prix.

   Pourquoi proposer aux corses et à la Corse ;  barrage aux dégâts irréversibles et centrales thermiques au fioul, dangereuse pour la santé ?
   Pourquoi le solaire a t il été oublié, ainsi que le bois, l’éolien et la méthanisation ; d’autres parleront de biomasse et de l’énergie des vagues, expérimentée au Danemark, ou du courant marin, en Ecosse ?
   Pour nos enfants et nos petits enfants arriverons nous a faire ensemble, au delà des polémiques et des enjeux politiques, le choix du respect, du partage, de l’audace et de l’imagination ?

 

 

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